Les bandes-annonces, reflet des valeurs culturelles ?

ISIT Institut de Management et de Communication Interculturelle

Mémoire de recherche en vue de l’obtention du diplôme de Master 2 en Management Interculturel

Présenté par

Elsa VALADAUD, Aurore VALLON et Floriane WUND

Les bandes-annonces, reflet

des valeurs culturelles ?

Juin 2018

SOMMAIRE

Introduction                                                                                                                                       

Hypothèse 1 : « Un même film diffusé dans plusieurs pays sera recoupé différemment pour la création de la bande-annonce »                                                                                                10

  1. État de l’art sur les bandes-annonces                                                                                 10
    1. Composition de la bande-annonce                                                                         10
    2. Particularismes des bandes-annonces françaises                                                 11
    3. Particularismes des bandes-annonces américaines                                              13
  2. Description factuelle                                                                                                            17
    1. Bande-annonce française                                                                                       17
    2. Bande-annonce américaine                                                                                    18
  3. Vérification des faits et analyse

Hypothèse 2 : « Ce découpage est le fruit des valeurs du pays en question ; les bandes-annonces adaptées d’un même film, ici japonais, portent alors la marque des valeurs américaines et françaises »                                                                                                           26

  1. État de l’art sur les valeurs des pays                                                                                   26
    1. État de l’art des valeurs culturelles françaises                                                        27
    2. État de l’art des valeurs culturelles américaines                                                     29
  2. Bande-annonce : support promotionnel reflet des valeurs culturelles nationales ?            32
    1. Bande-annonce américaine : reflet des valeurs culturelles ?                                 32
    2. Bande-annonce française : reflet des valeurs culturelles ?                                    34
  3. Limite des hypothèses soulevées                                                                                        36
    1. Une consommation cinématographique différente et en évolution                         36
    2. Des productions différentes                                                                                    37
    3. Répondre aux impératifs du marketing publicitaire                                                 38

Conclusion                                                                                                                                      39

Bibliographie                                                                                                                                   41

Annexes                                                                                                                                           48

Remerciements :

Nous souhaiterions remercier en premier lieu Mme Ludovica Maggi, notre tutrice de mémoire, qui a su nous guider et nous soutenir tout au long de nos recherches et pendant nos moments de doute.

Nous tenons également à remercier Mme Marianna Gyapay et M. Louis-Marie Clouet de nous avoir donné la possibilité de travailler sur ce mémoire et de pouvoir mettre à profit toutes les connaissances interculturelles acquises au cours de nos années à l’ISIT. Ce travail, sans se prétendre exhaustif, nous aura permis de pouvoir allier intérêt pour l’interculturel et passion pour le cinéma.


Merci également à M. Romain Valadaud pour son aide dans la recherche de corpus. Ses connaissances et son intérêt pour le sujet nous ont grandement aidées à avancer dans notre projet.

Introduction 

Les vidéos, qu’elles soient de court ou de long format, font aujourd’hui partie du quotidien de toute personne. Aller au cinéma, regarder la télévision ou des films sur son ordinateur, sont autant d’activités habituelles qui permettent à tout un chacun de s’informer sur le monde qui l’entoure, découvrir de nouvelles oeuvres cinématographiques politiques, comiques, ou encore purement esthétiques.

Cependant, la consommation de ces vidéos varient selon le lieu d’appartenance d’un groupe, et les informations qui transparaissent sont différentes. Cela peut être par exemple lié à la communication, où les campagnes publicitaires pour promouvoir quelques films ou réseau journalistique diffusent des actualités variant selon le lieu de visionnage ou le groupe ciblé.

Ce questionnement quant à notre vie quotidienne et à la diffusion de ces vidéos nous a permis d’orienter notre réflexion. Ainsi, ce mémoire nous permet d’allier les intérêts communs que nous avons pour le cinéma et la communication interculturelle. Fortes de nos connaissances personnelles sur le sujet et acquises durant nos études supérieures au sein du Master Management Interculturel, nous avons voulu étendre nos connaissances dans ce domaine à l’aide de ce travail universitaire à démarche scientifique.

Le 7eme art tient une place importante au sein de la culture internationale ; bien que ses origines soient plus récentes que d’autres formes d’art, le cinéma a su s’imposer dans le monde entier comme un média adaptable selon les cultures et les périodes, selon les goûts et les moyens mis à disposition, pour devenir cet art apprécié de tous et ne connaissant pas de frontières.

Le cinéma permet de communiquer une idée ou un concept aisément par la diffusion d’un film, long-métrage ou court-métrage. Il double ainsi son rôle d’art à moyen de communication et il peut alors être considéré comme un outil de communication interculturelle.

Mais qu’est-ce que la communication interculturelle ? Il s’agit de « l’étude de la communication interpersonnelle entre individus de cultures différentes », comme nous avons pu l’apprendre lors des cours prodigués par notre professeur Madame Lorrain. De nombreux auteurs ont ajouté leur pierre à l’édifice depuis la naissance de cette discipline après la Seconde Guerre mondiale, mais c’est Edward Twitchell Hall qui en restera le précurseur.

En effet, Edward Twitchell Hall, dans son ouvrage Le Langage Silencieux, écrit que : “la culture est un langage silencieux et qui donc vient faire obstacle au dialogue entre des individus d’une nationalité différente”.

La question suivante s’est alors naturellement posée à nous : cet obstacle peut-il être retrouvé dans le milieu cinématographique ?

Nous avons supposé que les éléments tels que le jeu des acteurs, les dialogues et leurs traductions, les façons de promouvoir un film, les décors ou encore les choix des costumes sont tous possiblement affectés par le prisme qu’est la culture.

Cependant, tous ces éléments, bien qu’intéressants, ne peuvent pas être étudiés lors d’un unique mémoire – c’est pour cela que nous avons réduit notre champs d’analyse à un seul élément : la bande-annonce.
L’idée nous est venue lors d’un cours du professeur Monsieur Dalonneau – ce cours de marketing international portait sur l’attention à apporter lors de la promotion et l’exportation de produits (qu’ils soient physiques ou non) à l’étranger. Les attentes des consommateurs étant différentes selon les zones géographiques, il faut pouvoir adapter la manière de présenter ses biens et services disponibles à la vente, afin de correspondre au marché et ainsi de rencontrer du succès dans ses démarches.

La promotion dans le milieu cinématographique revêt diverses formes, et nous aurions pu aborder de multiples sujets tels que les affiches promotionnelles, les articles de presse ou encore les évènements d’avant-première. Nous avons cependant jugé intéressant de centrer notre travail autour des bandes-annonces de film, version courte des long-métrages qu’elles représentent. Véritable concentré d’informations, la bande-annonce contient de nombreux éléments qui peuvent être étudiés, de la bande-son aux images, en passant par le choix de critiques affichées. C’est pour cette raison que nous avons décidé de n’étudier que des bandes-annonces dans le cadre de notre mémoire, et de ne pas étendre notre terrain de recherche trop largement, ce qui pourrait mener à un flux trop important d’informations à trier.

Il nous a ensuite fallu déterminer le film qui fera l’objet de notre étude. Nous avions pour souhait que celui-ci soit relativement célèbre, facilitant ainsi la recherche de bandes-annonces en ligne, mais également qu’il nous plaise à toutes. Ainsi, notre choix s’est porté sur Le Château Ambulant, du célèbre réalisateur japonais Hayao Miyazaki. En effet, nous avons toutes les trois été bercées par les films de ce réalisateur pendant notre jeunesse. Ce monde magique, qui peut toucher à la fois un public adulte et plus jeune fait bien souvent l’unanimité auprès des cinéphiles. Le choix a donc été naturel et correspondait aux exigences sur lesquelles nous voulions approfondir nos recherches.

    Notre sujet étant la communication interculturelle, nous avons eu à coeur d’effectuer une analyse “regards croisés” sur deux pays. Il aurait été plus compliqué de réaliser une étude entre deux cultures ou sous-cultures d’un même pays car les bandes-annonces sont bien souvent diffusées sans distinction de groupes de sous-cultures sur une même zone géographique (jeunes, personnes âgées, personnes sans appartenance politiques ou très politiques, immigrant de première génération ou de sixième génération). Tous visionneront la même bande-annonce sur les écrans.

    Nous nous sommes alors penchées sur la question des pays sur lesquels notre analyse porterait, soit nos sujets d’étude. Pourquoi ne pas croiser les regards de deux cultures occidentales à travers un film dont la culture leur est distante ?

Il nous a paru intéressant de prendre comme point de départ la France, une culture que nous connaissons bien étant donné que c’est notre pays d’origine. Par ailleurs, notre formation universitaire nous a permis de développer les outils nécessaires pour analyser notre propre culture avec le recul nécessaire. Une autre culture s’est imposée à nous comme choix d’étude, celle des États-Unis. L’influence culturelle majeure de ce pays et nos connaissances déjà établies des valeurs véhiculées par celui-ci sont autant d’éléments qui donnaient un point de départ pour établir notre réflexion. Par ailleurs, considérant les cultures américaines et françaises proches, nous ne savions pas si nos hypothèses seraient vérifiées ou non, apportant une dimension plus intéressante à notre mémoire. En effet, ces deux pays comportent de nombreux points de convergence qui permettent de rapprocher leurs cultures – cela peut se traduire par des systèmes politiques, des modes de consommation ou de vie qui se recoupent.

    Nous avons par ailleurs opté pour des pays autres que celui dont le film est issu. Ceci s’explique par la volonté de prendre un film étranger et de pouvoir voir s’il serait adapté aux besoins propres des publics français et américains. Ainsi, l’analyse ne serait pas biaisée, et la bande-annonce étudiée ne comporterait pas les valeurs culturelles propre à un pays en particulier. Nous voulions ainsi évaluer la façon dont un film à projection internationale serait perçu et possiblement adapté par deux autres cultures que nous considérions proches.

    Afin de resserrer notre étude, nous avons opté pour l’analyse de deux bandes-annonces uniquement: la bande-annonce principale diffusée en France pour la promotion du film Le Château Ambulant, et celle principale diffusée aux États-Unis pour les mêmes raisons. Nos regards croisés porteront sur ces deux bandes-annonces seulement, et pas sur les bandes-annonces secondaires, parfois plus courtes, diffusées en parallèle.

De ce cheminement de pensée est née la problématique suivante : « Dans quelle mesure la bande-annonce d’un film reflète-t-elle les valeurs culturelles propres à un pays ? ».

Selon la théorie des systèmes de Niklas Luhmann: “le sens ne peut être compris qu’en liaison avec le contexte, et ce qui fait fonction de contexte pour chacun, c’est ce que lui rendent disponible son propre champ perceptif et sa propre mémoire“. Le sens d’une bande-annonce doit donc être relié au contexte du film, sans quoi cette dernière ne préparerait pas le spectateur à ce qu’il va voir et le laisserait alors dans l’inattendu. Ces contextes seraient alors définis par la culture du pays, de la zone géographique ou du groupe social d’appartenance du spectateur. Ainsi, nous pouvons supposer que la bande-annonce japonaise du film Le Château Ambulant aura moins de sens aux yeux du spectateur français qu’aux yeux du spectateur japonais, et inversement avec la bande-annonce française, probablement dû à des contextes et champs perceptifs différents.

C’est cette réflexion qui nous a amenées à développer les hypothèses suivantes, que nous chercherons ensuite à infirmer ou confirmer, et à comprendre les limites de celles-ci :

  • Un même film diffusé dans plusieurs pays sera recoupé différemment pour la création de la bande-annonce 
  • Ce découpage est le fruit des valeurs du pays en question ; les bandes-annonces d’un même film étranger portent alors la marque des valeurs américaines et françaises

    Nos propos seront étayés par plusieurs moyens que nous avons mis en place pour vérifier nos hypothèses, soit nos différentes lectures dans le domaine cinématographique, culturel américain et français, par des ouvrages rédigés par des chercheurs en interculturel, par nos connaissances personnelles et universitaires sur le sujet et enfin par notre analyse des deux bandes-annonces que nous avons choisies.

    Le corpus ici utilisé couvre de nombreux sujets, afin de nous permettre de mieux comprendre les tenants et aboutissants de nos recherches. Ainsi comptons-nous dans nos lectures des ouvrages aidant à l’analyse de l’image et du film, d’autres aidant à la compréhension des valeurs culturelles propres aux pays ici étudiés et l’origine de ces dites valeurs, d’autres encore plus spécifiques et axés sur un point particulier de la culture étudiée (par exemple, la gastronomie et l’esthétique dans la culture française).

    Notre mémoire s’appuiera également sur deux bandes-annonces d’un même film ; afin de ne pas étendre notre recherche sur trop de médias, nous avons jugé pertinent de ne pas étudier d’autres types de promotion autour du film (affiches, articles), le film dans son intégralité, ou plusieurs bandes-annonces. Il est ici question de la  bande-annonce principale diffusée aux États-Unis et en France ; les bandes-annonces secondaires, plus courtes, ne seront pas prises en compte.

    Nous avons décidé de ne pas utiliser les résultats de notre questionnaire dans ce mémoire, dû au nombre trop faible de réponses que nous avons pu obtenir. Cependant, ce questionnaire peut être retrouvé en annexe (Annexe 1). En effet, un nombre trop peu élevé de réponses ne permet pas d’établir un échantillon fiable, et appuyer nos propos sur ces résultats aurait faussé notre analyse.

Hypothèse 1 : “Un même film diffusé dans plusieurs pays sera recoupé différemment pour la création de la bande-annonce”

  1. État de l’art sur les bandes-annonces

La bande-annonce est une sorte de préambule au film ; que celui-ci soit diffusé lors d’une avant-première ou à vingt-et-une heure sur les chaînes de télévision, de courts passages du film sont montrés pour inciter le spectateur à le visionner. Jean-Luc Godard avait par ailleurs ce même point de vue quant aux bandes-annonces, et déclarait ainsi à ce propos: “Les bandes-annonces sont des petits films”.

Mais quels sont réellement les éléments majeurs d’une bande-annonce ? Nous nous attacherons dans un premier temps à mieux comprendre la composition de la bande-annonce et ce qui est adapté selon le public qui visionnera la bande-annonce grâce à notre corpus de textes scientifiques, puis dans un second et troisième temps, nous analyserons les particularismes français et nord-américains en matière de consommation de médias et plus particulièrement dans le domaine cinématographique.

  1. Composition de la bande-annonce

    Depuis déjà le milieu des années 1970, la bande-annonce comprend des informations sur l’histoire, sous la forme de courtes compositions extraites de l’intrigue. Ce format constitue la structure de base des bandes-annonces. Les moments choisis permettent dans certains cas de tenir en haleine les spectateurs, dans d’autres lui laisser découvrir un univers unique. En somme, de les inciter à visionner le film. La bande-annonce peut alors être considérée comme trompeuse, car ne correspondant pas réellement aux attentes que le spectateur se fait du film. Mais le rôle-clé de celle-ci est bien d’impliquer émotionnellement le public grâce à une histoire intrigante dont le spectateur n’a qu’un aperçu.

    La tâche d’établir une bande-annonce qui respecte le film tout en donnant au public l’envie de le voir devient de ce fait compliquée, et certaines équipes promotionnelles préfèrent alors créer une bande-annonce plus sensationnelle qu’une bande-annonce qui suivra exactement l’histoire ou l’ambiance du film, au regret de plusieurs réalisateurs.

Ainsi, la bande-annonce se veut plus sensationnelle et donc attractive aux

yeux du spectateur. Mais nous avons supposé que les attentes du public varient selon plusieurs critères (âge, approche du milieu cinématographique, appartenance à une sous-culture…), et donc qu’un même film comptera plusieurs bandes-annonces, correspondant chacun à un segment-cible particulier.

    Les bandes-annonces seraient alors le résultat de particularismes, d’une volonté de l’équipe promotionnelle de faire ressortir certains passages du film en concordance avec le public visé. Nous avons donc logiquement supposé que les bandes-annonces du film Le Château Ambulant seraient différentes en France et aux États-Unis, bien que nous ayons évalué ces deux pays comme entités où les attentes du public nous semblent proches.

  1. Particularismes des bandes-annonces françaises

À l’identique des longs-métrages, les bandes-annonces peuvent, pour la plupart, être recoupées selon une structure dite en trois actes – le premier annonce l’histoire, le second se termine sur un point culminant dramatique, et enfin le dernier montre généralement une scène riche en émotion et met en exergue la musique phare du film.

Bien que la France ait connu une vague d’uniformisation de ses bandes-annonces depuis le milieu des années 2000, suite à la volonté de distributeurs de films désirant réduire les risques encourus en diffusant une bande-annonce trop artistique, certaines caractéristiques différenciant les bandes-annonces françaises peuvent être relevées.

Une première caractéristique est la formation de la bande-annonce sur une base d’échantillons des scènes; le public découvre alors une succession de passages sélectionnés, plutôt qu’un “petit-film”. Cette façon de mettre bout à bout des extraits ne donne ainsi pas l’impression au spectateur que le récit est linéaire, mais plutôt qu’il est elliptique. Par ailleurs, les bandes-annonces françaises comportent également une absence de marquage net du début et de la fin, soit une succession d’informations sans point de départ ou d’aboutissement clairement déterminé par des logos ou des annonces. Cette structure, dite “patchwork”, se retrouve dans l’absence d’un rythme donné par la musique – en effet, ici, la bande-annonce ne débute et ne se termine pas nécessairement selon la chanson qui accompagne les images.

Une seconde caractéristique marquante est la volonté de raconter une histoire plutôt que de jouer sur le côté sensationnel que peuvent revêtir certaines scènes afin d’attirer les spectateurs. Les extraits choisis pour composer la bande-annonce doivent suffire à eux-mêmes pour dépeindre la trame du film, et l’intérêt pour la morale de l’histoire passe au premier plan, devant la volonté de créer l’adhésion du public grâce à une fiction hyperréaliste. Cette volonté de faire passer un message, une vision du film, donne une plus grande liberté aux équipes en charge de la création de bandes-annonces, ce qui se traduit par un moindre respect des codes pré-établis. Bien que celles-ci respectent toujours le réalisme du film, la présentation sera différente d’un film à l’autre, car il est alors permis aux producteurs de changer l’ordre des plans-séquences, d’opter pour des choix artistiques plus variés. Il est alors question de jouer sur l’imaginaire et sur le mental du spectateur, de le plonger dans la bande-annonce sans intervention extérieure. Cela lui permet ainsi de se représenter mentalement le film et son histoire grâce à des extraits sélectionnés – on parle ici d’une logique dite du “montrer”.

    Ce que nous pouvons retenir de ces particularismes français serait donc que les bandes-annonces en France sont en général marquées par le laisser-aller, par l’envie de laisser le spectateur se figurer ce que le film sera et racontera. Bien entendu l’idée générale est donnée, mais la bande-annonce laisse tout de même libre cours à l’imagination. Le sensationnel n’est pas de mise contrairement à la bande-annonce américaine.

Bien que respectant des normes plus générales, les bandes-annonces françaises sont le témoin de particularismes, de certaines spécificités les différenciant de bandes-annonces d’autres pays. Il convient cependant de préciser que toutes les bandes-annonces ne respectent pas automatiquement ces règles, mais qu’une tendance générale a pu être observée et recensée. Forte de ce constat, nous nous sommes alors demandées s’il en allait de même pour les bandes-annonces américaines.  

  1. Particularismes des bandes-annonces américaines

Comme nous avons pu le voir, les bandes-annonces créées dans l’optique d’être diffusées auprès du public français ont pour base, en règle générale, une structure qui les caractérisent et les différencient de bandes-annonces d’autres pays. Nous nous sommes alors demandées s’il en était de même pour les bandes-annonces américaines.

Tout d’abord, leur fonctionnement se concentre principalement sur la mise en scène et la démonstration commerciale. En effet, un véritable jeu de la promotion est réalisé au début de chaque bande-annonce américaine. Cela peut s’observer notamment dans les bandes-annonces des studios Dreamworks SKG ou Walt Disney. Très souvent, le spectateur peut observer le logo de Walt Disney mis en exergue dès le commencement de la bande-annonce. Parfois, il est même mis en scène et adapté au contenu du dessin animé qu’il présente comme par exemple dans le cas de Frozen (La Reine des Neiges en français). Ce film, plus grand succès des studios Disney jusqu’à présent, montre dans sa bande-annonce le logo du studio qui l’a réalisé, ainsi que le château de Disney et l’écriture caractéristique du studio.

Dans le cas des studios Dreamworks SKG, la même stratégie est adoptée : on présente également le logo bien connu de cette maison de production américaine (une grande écriture blanche présentée devant un ciel étoilé). Dans la bande-annonce de Shrek par exemple, une adaptation est également faite : après avoir observé le logo traditionnel du géant de distribution de dessin animé américain, on peut voir que les lettres S de Works et de SKG sont transformées en vert avec des oreilles afin de faire un rappel au personnage principal Shrek, l’ogre vert aux oreilles en trompette.

Le nom de la maison de production et notamment le nom du réalisateur sont ainsi des éléments principaux de la bande-annonce américaine – la renommée fait alors office de garantie de la qualité du film.

Les bandes-annonces américaines ont également recours de manière quasi systématique à une voix-off, à la manière d’un narrateur, afin de créer un effet plus sensationnel. Comme le précise le rapport du Centre national du Cinéma et de l’image animée, “le ton évoque celui d’un Monsieur Loyal, qui présente les artistes et les exploits qu’ils ont réalisés, comme dans un cirque”. La voix du narrateur est parfois enjouée, parfois profonde ou encore chaleureuse et permet d’accompagner le spectateur dans la bande-annonce, pour lui décrire les actions menées par les personnages et donner ainsi une idée très précise de l’histoire qui va se dérouler. Le portrait alors dressé est très précis, et le spectateur peut se représenter aisément les actions menées par les personnages apparaissant sur leur écran, ou la trame principale qui évoluera pendant le film.

Par ailleurs, la production américaine joue également beaucoup sur les effets sonores dans la bande-annonce. Comme évoqué précédemment, une attention particulière est portée à la voix du narrateur, qui accompagne le spectateur, mais l’attention est tout autant concentrée sur les autres effets, tels que l’ensemble des voix-off, les dialogues des personnages, les bruitages de film (coups de feu, bruit de machine, bruissement de l’eau, etc…), une musique qui permet de créer une ambiance sonore de fond. Il s’agit alors de captiver le spectateur, de faire appel à tous ses sens et l’impliquer physiquement, et non pas seulement mentalement.

L’industrie cinématographique américaine a alors recours à une logique dite du “dire”, où le spectateur se voit indiquer les informations principales du film lors du visionnage de la bande-annonce, d’une façon qui permet de le captiver.

Le discours du narrateur, récité d’une voix enthousiaste ou héroïque selon le contexte, couplée avec des effets sonores sensationnels, permet au public de comprendre aisément l’intrigue et le contenu du film, de se laisser guider dans cette narration faisant appel à plusieurs sens. Cette structure, dite globalisante, encadrant le spectateur par la présence de musique d’ambiance, d’une voix orientant le public et d’autres effets sonores et visuels, peut être retrouvée dans la majorité des bandes-annonces américaines. S’ajoute également à cela la typographie utilisée dans les bandes-annonces, là encore utilisée pour maintenir la pleine attention du spectateur. Prenons pour exemple la bande-annonce du film Finding Nemo (Le Monde de Némo en français), sorti en salle en 2003. Le texte, apparaissant en premier lieu au fond de l’écran, se veut progressivement plus remarquable afin que le public concentre son attention au centre de l’image, lise le texte, tout en écoutant la musique de la bande-son ou se rende compte de l’atmosphère et de la tonalité du film.

Les bandes-annonces américaines sont caractérisées par l’utilisation de plans-séquences très courts, qui se suivent donc très rapidement. Ces montages de type “stroboscopiques” permettent de capter directement le sujet de la bande-annonce. Une étude du CNC (Centre National du Cinéma et de l’image animée) a montré qu’en moyenne, la bande-annonce d’un film d’action américain dépassent les 50 plans différents à la minute. Ce procédé permet de montrer un panel varié des séquences que le spectateur pourra découvrir en visionnant le film dans son intégralité. La brièveté de chaque plan montré permet de montrer un grand nombre de plans, tout en ne révélant que le nécessaire au spectateur. Ainsi, un film ayant pour thème l’action verra cette succession très rapide de plans retransmettre ce dynamisme au public, et le plonger dans l’intrigue du film avant même de le voir dans son intégralité.

    Tout comme nous avions pu le voir plus haut avec le cas des bandes-annonces françaises, les bandes-annonces américaines comportent des éléments singuliers qui permettent de les distinguer. Il convient une fois encore de préciser que ces généralités ne peuvent pas s’appliquer à toutes les bandes-annonces sans exception, mais qu’elles révèlent un schéma dans la construction de bandes-annonces américaines.

    Fortes de ces connaissances plus poussées de l’état de l’art, nous avons par la suite visionné les bandes-annonces française et américaine du film Le Château Ambulant. Nous les avons décrites de façon factuelle afin que le lecteur puisse situer les scènes et l’atmosphère retranscrite par chacune. Cela nous servira de base pour effectuer la réponse à notre hypothèse.

2. Description factuelle

  1. Bande-annonce française

La bande-annonce officielle, longue d’une minute et trente-sept secondes, débute avec pour bande-son la musique du film. Celle-ci est gaie, chantante, alliant violons et pianos. Entre orchestre et airs joués lors des fêtes de villages, celle-ci invite à danser une joyeuse valse et à la joie. La mélodie, jouée en mode majeur, évoque l’allégresse, la réjouissance ou encore le magnifique. Cela laisse entendre que le film sera placé sous le signe de la légèreté. La bande-son est par ailleurs la seule chose jouée pendant la bande-annonce – aucun narrateur ne fait son apparition, aucun bruitages tirés du film ; en somme, une bande-annonce qui se veut épurée sur le plan sonore.

Nous pouvons relever un trait qui s’approche le plus d’une narration, soit les commentaires et critiques à propos du film. Sont alors mentionnés les précédents films à succès réalisés par Hayao Miyazaki (Le Voyage de Chihiro et Princesse Mononoké), ainsi que les raisons qui devraient pousser les potentiels spectateurs à se rendre en salle. Là, l’intrigue du film n’est pas révélée, et les commentaires portent sur l’appréciation de précédents spectateurs : ainsi, Télérama cite les tonnerres d’applaudissements reçus par ce film à Venise, Variety affirme que petits et grands seront enchantés, et Libération l’appelle “inouï”. Ces quelques commentaires à propos du film sont parsemés dans la bande-annonce et non pas collés à la suite des uns des autres.

Les premières images du film font leur apparition une fois que les studios ont été annoncés; le spectateur peut y voir une vieille dame arpentant une montagne verte, avec dans la vallée une ville. Celle-ci se retourne alors pour se rendre compte de sa progression, et nous visualisons ainsi le premier gros-plan sur ce que nous supposons être le personnage principal. Survient une coupure où Le Voyage de Chihiro est cité, puis le spectateur retrouve cette dame âgée aux côtés d’un épouvantail sur une perche, observant une ce qui sera le Château-Ambulant avançant vers elle. Le côté merveilleux de l’histoire est de ce fait annoncé.

Après de nouvelles coupures (où l’on peut lire le nom de l’auteur ainsi que le titre de ce nouveau film), le spectateur voit le Château-Ambulant se déplacer et une jeune personne lui faisant bonjour par de grands gestes des bras.

Les scènes suivantes montrent la dame âgée tourner un loquet, ouvrir la porte pour se retrouver, surprise, dans une zone brumeuse, puis tourner à nouveau le loquet coloré pour se retrouver cette fois-ci dans un village coloré et animé. Le spectateur comprend alors que le Château-Ambulant permet de voyager grâce à la magie – si ce n’est de se téléporter -, et que la dame âgée s’amuse avec ce processus. Passé la surprise, elle arbore un large sourire quand elle tourne le loquet une seconde fois.

Elle se promène ensuite dans la ville, où elle va faire son marché en compagnie d’un petit personnage. Avant une nouvelle coupure, on voit une main jeune passer une bague à la main de la dame âgée.

Le spectateur retrouve après cette coupure la dame âgée, marchant dans les rues en compagnie d’un chien, puis faisant la course avec une autre dame pour atteindre le haut d’escaliers, le tout en portant le chien. Elle courra plus tard dans les rues pendant que des prospectus tombent du ciel.

Le spectateur aperçoit entre temps un jeune homme brun, souriant et dessinant à la craie sur un plancher de bois, ainsi qu’un jeune garçon, courant aux côtés de la dame âgée.

Les images suivantes sont des images du Château-Ambulant se déplaçant au dessus d’une large étendue verte de champs, des cerfs les traversant en courant, et la dame âgée courant au balcon, enchantée de pouvoir assister à ce spectacle.

La bande-annonce se termine sur le plan d’une jeune fille de dos, portant des vêtements similaires à la dame âgée.

Cette bande-annonce ne révèle que peu d’éléments de l’intrigue; le plan final laisse le spectateur supposer que le véritable enjeu du film est de comprendre comment cette dame a rajeuni et s’il s’agit bien de la même personne, mais les rôles et autres enjeux ne sont pas dévoilés. Le ton est léger, comme le laisse entendre la bande-son, et le film animé de couleurs chaudes et vives (bleu mer, jaune safran, vert prairie, etc …). Cela laisse supposer un film joyeux, non pas d’action mais plutôt de romance car impliquant une femme et un homme, et sur le ton de la plaisanterie avec par exemple, la course lente dans les escaliers.

B. Bande-annonce américaine

    La bande-annonce américaine débute sans musique, mais plutôt par le bruitage du château-ambulant se déplaçant, et donc de grincements de tuyaux et de sifflements provenant du moteur.  La musique du film est ici aussi utilisée – elle a cependant été recoupée afin d’utiliser les passages en mode mineur, soit des tonalités plus tristes, inquiétantes. Pendant la moitié de la bande-annonce, cette musique est changée pour une musique d’orgue lugubre, d’accords qui ne sont pas sans rappeler ceux imaginés pour les oeuvres en rapport au Comte Dracula ou d’autres vampires et histoires ténébreuses. Après ces quelques accords sombres, le spectateur retrouve la musique du film, cette fois en mode majeur, et donc plus joyeux. Ce changement coïncide avec un moment clé de la bande-annonce, ce que nous développerons dans un paragraphe suivant.

    Ici, la musique sert de fond à une narration agrémentée de bruitages tirés du film. Le narrateur de la bande-annonce dévoile clairement l’intrigue (voir Annexe 2), et les exclamations des personnages renforcent cela (Annexe 3). Le coeur de l’histoire est révélé, le spectateur sait à quoi il doit s’attendre lorsqu’il regardera le film. Outre les paroles prononcées par le narrateur ou les personnages, la bande-annonce comprend d’autres bruitages, tels que le crépitement d’un papier ensorcelé qui prend feu, la machinerie du château, lourde, qui s’écrase et retentit bruyamment à chaque pas, le bruit d’une bague passée au doigt ou encore l’exclamation d’un jeune garçon émerveillé. Aucune critique de presse n’est affichée pendant la bande-annonce, contrairement à celle française.

    La première scène de la bande-annonce américaine s’ouvre donc sur le château ambulant, présenté de façon inquiétante car sombre et couvert par la brume, se déplaçant lentement dans un champs. Un premier plan est lointain, laissant s’approcher vers nous cette machine aux traits difformes et vaguement humains, qui ressemble plus à un monstre qu’à une maison, puis un second effectue un zoom sur les “pattes” du château ambulant.

    Le plan suivant met en scène une ville animée et industrielle, aux multiples voitures et trains à charbons, aux maisons serrées et aux nombreux habitants marchant dans les rues. Le spectateur suit alors une jeune fille aux cheveux châtains, l’apercevant d’abord au loin, puis la voyant de plus près grâce à un zoom sur son visage qui regarde dans le lointain, paressant nostalgique. La scène suivante révèle que la jeune fille regarde effectivement en arrière, car elle est montée dans un train qui semble quitter le centre-ville.

    La bande-annonce passe ensuite à une scène avec ce que nous supposons être un magicien, un jeune homme blond déclarant que le papier qui a pris feu dans sa main est un sortilège puissant. Il détruit ensuite ce qui s’apparente à des runes grâce à un mouvement de main.

    Le jeune homme blond et la jeune fille châtain se tiennent ensuite par les mains, marchant et flottant au-dessus de la ville animée. Rien ne laisse supposer qu’ils ne se connaissent pas, et le jeune homme la dépose délicatement sur un balcon avant de s’envoler en souriant. Il réalise cela en sautant du balcon, ce qui surprend la jeune fille qui se précipite au bord du balcon pour voir comment va la personne qui l’a faite flotter plus tôt. Cette réaction au tour de magie du jeune homme laisse alors supposer qu’ils ne se connaissaient préalablement pas.

    Le plan suivant montre la femme présentée comme étant la sorcière, ainsi que le moment où elle transforme la jeune fille en dame âgée. Cette dernière découvre ensuite la maison magique, soit le château ambulant.

    La séquence d’après met en scène la jeune fille, cette fois avec des cheveux blancs, embrassant le jeune homme, immobile, couvert de plumes. Suite à ce baiser, il s’envole, souriant, la portant dans ses bras. D’autres séquences, appuyant le fait qu’il est un sorcier, suivent: il passe une bague magique au doigt de la dame, souffle sur une pierre enchantée, vole en tant qu’homme-oiseau.

    La bande-annonce américaine rejoint alors la bande-annonce française, et joue la scène où le château ambulant parcourt une plaine verte, des cerfs accompagnant sa route, et la dame âgée se précipitant pour voir le paysage.

    S’enchaînent alors de nouvelles scènes appuyant sur la dimension magique du film (invocation d’un démon-feu, transformation d’apparence, téléportation du château), qui sont alors suivies de plans de guerre. Ces images sont très sombres, presques noires, avec comme autre couleur dominante le orange et rouge du feu et de la lave. Le spectateur peut voir  également de nombreux dirigeables qui envahissent le ciel.

    La dame demande alors au jeune magicien à ce qu’il la retrouve dans le futur, puis elle est vue jeune tombant du ciel. La dernière image est, à l’identique de la bande-annonce française, du dos de la dame âgée redevenue jeune, mais ayant conservé ses cheveux blancs.

    Dans la bande-annonce américaine, il y a peu de place pour l’imagination, le spectateur se fait une idée précise de l’histoire et du ton qui sera adopté pendant le film. Les scènes choisies pour constituer cette bande-annonce sont variées et montrent divers moments clés du film, ce qui permet au spectateur d’établir une chronologie des étapes qui seront franchies au cours de l’histoire. Le film semble assez sombre pour un film d’enfant, et implique une personne faisant face à un mauvais sort, et une nation faisant face à la guerre. Le spectateur est amené à penser que ce film comportera de nombreux rebondissements, et que le rythme sera rapide.

    3.  Vérification des faits et analyse

Cette description factuelle des deux bandes-annonces nous a permis d’établir que celles-ci sont dans l’ensemble plutôt divergentes. Au regard de cette constatation, nous nous sommes alors demandées dans quelle mesure les plans choisis pour créer la bande-annonce auront un impact sur le public, et pourquoi les équipes responsables du marketing ont orienté leurs choix de séquences du film. Nos recherches portant sur les bandes-annonces nous serviront de base pour établir notre analyse.

Une première différence notable dans les bandes-annonces est la présence d’un narrateur dans celle américaine, là où la version française ne fait pas entendre de voix.

Cela s’explique par la logique dite du “dire” souvent reprise dans les bandes-annonces américaines : le spectateur est pris par la main, accompagné dans le récit par le narrateur, qui lui fait une description de l’intrigue et des différentes parties qui composent l’histoire. Cette structure plus explicite permet au spectateur d’obtenir une vision d’ensemble du film, et sait ainsi ce qu’il peut espérer lors du visionnage de celui-ci.

La bande-annonce française, quant à elle, n’a pas recours à un narrateur. Cela permet de laisser libre-court à l’imagination du spectateur, qui doit à son tour cerner le film, se faire une idée via les séquences montrées du genre cinématographique auquel l’oeuvre appartient, et ce qui va se passer. La suggestion est ici de mise, l’implicite règne en maître. La musique accompagne le spectateur mais ne se laisse jamais interrompre par les quelques paroles orales. L’objectif n’est ici pas de fournir au spectateur une idée précise de l’histoire, mais de l’impliquer émotionnellement, de solliciter ses sentiments, de lui offrir une dimension poétique. L’histoire est alors survolée, à l’instar de la bande-annonce américaine, qui place l’intrigue au centre de ses priorités. Le graphique ci-dessous résume en somme la différence apportée à la narration aux États-Unis et en France:

Un autre point qui peut ici être relevé est celui de l’importance donnée au réalisateur du film et les critiques vis-à-vis du long-métrage.

La bande-annonce américaine se place dans une logique d’éloge du produit, où les gages de qualité doivent être mis en avant afin de convaincre le potentiel “client”. Ici, la bande-annonce débute en précisant que le film a déjà remporté un prix, et que son réalisateur, Hayao Miyazaki, s’est également fait connaître grâce à d’autres chef-d’oeuvres appréciés du grand public. Le prestige du réalisateur est augmenté, ses mérites rappelés, afin d’instaurer une relation de confiance avec le spectateur, qui se veut rassuré. Cette bande-annonce s’inscrit donc dans une logique d’explicite et du dire, où le public doit être informé et connaître les faits importants relatifs au film avant de pouvoir décider s’il souhaite effectivement le visionner ou non. Cette popularité du film est un point clé de la bande-annonce, comme nous avons pu le voir non seulement dans cette partie mais également dans la théorie citée dans l’état de l’art.

La bande-annonce française cite elle aussi d’autres oeuvres du même réalisateur, oeuvres qui ont connu un succès important dans l’hexagone. L’accent est cependant mis sur la critique cinématographique, et les avis publiés par des magazines tels Variety, Télérama ou encore Libération sont mis en exergue dans la bande-annonce. Les deux derniers journaux sont des références en France, l’un dans le domaine culturel, l’autre dans le domaine de l’information en général, ce qui est bien entendu très parlant pour le grand public .

La reconnaissance de critiques experts dans le domaine cinématographique est ce qui permet au spectateur d’adhérer, d’être convaincu. Il est ici question de créer une atmosphère autour du produit, et d’avoir pour volonté d’amener un contexte sans détailler le film même, pour laisser plus de place à l’imaginaire.

Outre la voix du narrateur, la bande-annonce américaine a recours à d’autres effets sonores que nous avons pu évoquer plus haut. Le narrateur accompagne le spectateur dans l’histoire, complétée par des bruitages du film, de la musique et des extraits de dialogue des personnages. Le public connaît ainsi avant le visionnage du film les voix et tonalités empruntées par le jeune homme magicien, la vieille dame, ou encore le bruit si unique du château ambulant. Les sens sont mobilisés autant que possible, et les effets sonores sont couplés aux effets visuels pour impliquer pleinement le spectateur, non seulement mentalement mais également physiquement, comme nous avons pu le voir lors de la restitution de l’état de l’art.

À l’instar de la bande-annonce américaine, celle française ne donne qu’une unique dimension sonore, celle de la musique du film, jouée sans interruption ou coupure. Le public français ne prend connaissance d’aucun dialogue clé à l’inverse de ceux entendus dans la bande-annonce américaine, aucun bruitage ne transparaît non plus aux travers des accords de l’orchestre. La musique garde une place prépondérante, et le but est ici de fortement impliquer émotionnellement le spectateur.

    Ainsi, là où le public américain est convaincu rationnellement, et se voit offrir le choix d’aller voir le film si l’intrigue lui convient, le public français est quant à lui visé par des stratégies cherchant à impliquer une dimension émotionnelle.  

Par ailleurs, la bande-annonce américaine se concentre beaucoup sur l’action et sur l’aspect fantastique du film. Presque tous les extraits sélectionnés pour construire la bande-annonce comportent des scènes de magie : on voit d’abord une carte qui flambe, puis une femme habillée en noir qui vole, suivie d’un épouvantail qui se déplace, avant d’observer une porte qui s’ouvre toute seule, un homme qui crée de la fumée bleue, et enfin un homme-oiseau qui vole dans le ciel. Toutes ces scènes indiquent de manière très claire que le dessin animé sera dans un univers fantastique. Là encore, cela nous prouve bien que la bande-annonce américaine se concentre davantage sur le concret et sur l’action. En ayant vu seulement la bande-annonce, le spectateur américain sait à l’avance qu’il ira voir un dessin animé fantastique. La bande-annonce se veut ici épique, certains traits sont exagérés pour rajouter du sensationnel. En effet, Stephen Netburn expliquait lui-même dans “Coming attractions. A history of the movie traiter” que le but ultime est d’impressionner, pour attirer le public.

A l’inverse, dans la bande-annonce française, peu d’éléments magiques font partie des plans sélectionnés – le seul que le public peut découvrir est le château ambulant se déplaçant. Le choix est fait de restituer le film d’une façon plus réaliste, où la dimension fantastique apparaît aux yeux du spectateur, mais ne prend pas le dessus et ne rythme pas la majorité des séquences diffusées. La suggestion est mise au premier plan, et le spectateur devine le caractère irréel du monde où le film se déroule, sans pouvoir pour autant avoir une véritable certitude à ce sujet. Il doit se laisser porter par les éléments divers et peu révélateurs pour se faire une idée propre de ce que le film renferme et décider ainsi si cette atmosphère lui convient assez pour vouloir visionner le long-métrage dans son intégralité.

    Également, le monde où se déroule le film est montré de manière différente dans les deux bandes-annonces.

    La bande-annonce américaine présente un monde industrialisé, portant une similarité aux grandes villes des États-Unis ou d’Europe du début du XXème siècle. Le centre-ville est parcouru par des trams, tel celui qu’emprunte l’héroïne, et des trains animés par du charbon progressent sur les rails du centre-ville. Les maisons aperçues sont encore traditionnelles, et comportent une architecture à colombage. La ville et le milieu urbain sont ici au premier plan, et il paraît clair au spectateur dès les quelques premiers plans qu’il s’agit là d’une ville industrialisée.

    La bande-annonce française préfère quant à elle jouer sur un côté plus pastoral, et montrer plus régulièrement des animaux telles des biches ou encore un chien de compagnie. Les paysages qui se déroulent lors de la bande-annonce sont de villes côtières, aux couleurs joyeuses, ou de collines et montagnes vertes. La nature est privilégiée, le côté léger du village sans prétentions tel Saint-Tropez dans la série des films de gendarme avec Louis de Funès, ou celui que décrit Marcel Pagnol dans Fanny, Marius ou encore César. Une attention particulière est portée aux décors et au contexte dans lequel s’inscrivent les personnages : de nombreux plans sont montrés avec la nature en arrière-plan, tantôt une scène de montagne enneigée, tantôt une forêt verdoyante, tantôt la mer. A la fin de la version française, ces trois espaces naturels se retrouvent, puisque l’avant-dernière scène de la bande-annonce se finit sur le personnage principal, puis la caméra s’éloigne, ce qui permet d’englober tout le paysage environnant, composé de la forêt et de la plaine au premier plan, d’un lac au second plan, et des montagnes enneigées au dernier plan.

De plus, la bande-annonce française fonctionne bien plus par plans fractionnés que par continuité. Le film est certes montré, mais il y a très régulièrement un fond noir qui apparaît avec les références médiatiques, ou bien la mention des films que le réalisateur a déjà pu faire par le passé. La musique, là encore, créé la constance, puisqu’elle est jouée d’une traite sans être interrompue ou modifiée lorsque les plans changent. A l’inverse, dans la version américaine, les plans ne sont jamais entrecoupés. Lorsqu’une écriture apparaît, c’est toujours sur fond d’images, et le film continue de se dérouler à l’arrière, ce qui démontre bien une fois de plus l’importance accordée au contexte de l’histoire et aux images dans la version américaine, tandis que la bande-annonce met plus en avant l’ambiance de fond et la musique.

À travers nos analyses, nous avons pu donc bien constater que les deux bandes-annonces sont très différentes l’une de l’autre, puisque la bande-annonce américaine se concentre sur l’action, et entraîne son spectateur “par la main”, tandis que la bande-annonce française se concentre davantage sur la suggestion et la création d’une ambiance poétique, notamment par l’importance de la place accordée à la musique et aux plans centrés sur la nature. Cela nous prouve donc bien qu’un même film peut être découpé de manière très différente pour la création de sa bande-annonce en fonction du pays dans lequel elle sera diffusée.

Par conséquent, nous avons cherché à connaître la raison pour laquelle le découpage est différent selon les pays, c’est pourquoi nous avons formulé l’hypothèse suivante : le découpage du film et les plans sélectionnés pour composer la bande-annonce sont-ils le fruit des valeurs du pays où ladite bande-annonce sera diffusée ?

Hypothèse 2 : “Ce découpage est le fruit des valeurs du pays en question ; les bandes-annonces adaptées d’un même film, ici japonais, portent alors la marque des valeurs américaines et françaises”

  1. État de l’art sur les valeurs des pays

Comme le disait Jean-Luc Godard : “Les bandes-annonces sont des petits films”. En seulement quelques minutes, voire souvent en moins d’une minute, l’équipe de production d’un film doit convaincre l’oeuvre en question et donner ainsi envie aux foules de se rendre au cinéma.

Ainsi, avant de procéder à l’analyse approfondie de la présence des valeurs culturelles des pays dans les bandes-annonces, nous nous attendons à voir des bandes-annonces imprégnées des valeurs propres aux différents pays. En y réfléchissant, nous supposons qu’un public nigérien n’a pas les mêmes attentes vis-à-vis d’un film qu’un public indien. Leurs valeurs, leur religion, leur quotidien, tout est différent. Nous supposons donc qu’un film sera retravaillé de sorte à amplifier certaines séquences et certains plans, d’amplifier des moments qui seront parlant pour le public visé, de les rendre plus denses émotionnellement et esthétiquement, dans le but de s’adapter le mieux possible aux valeurs culturelles du pays-cible.

Nous formulons ainsi l’hypothèse que de ces “petits films” ressortiront des particularismes propres à chaque pays, chaque culture, des valeurs et normes qui diffèrent d’une zone géographique à une autre. Le découpage des scènes du film correspondrait alors aux attentes d’un public spécifique, et serait emprunt de marqueurs culturels.

Ayant opté pour l’analyse des bandes-annonces d’un même film diffusées dans deux pays différent du pays d’origine de production, nous nous sommes d’abord posées la question de savoir quelles valeurs nous associons aux pays d’étude. Serions-nous capables de retrouver ces valeurs que nous associons à la France et aux États-Unis dans les bandes-annonces, et dans quelle mesure ? Est-ce que les bandes-annonces extraites d’un même film, ici japonais, porteront la marque distincte des valeurs américaines et françaises?

  1. Etat de l’art des valeurs culturelles françaises

Toutes d’origine française, nous avons grandi dans un moule culturel que nous avons appris à mieux décoder lors de nos études au sein de l’ISIT. Bien qu’il soit difficile d’être objectif à propos de sa propre culture, nous avons ici tenté de prendre du recul afin d’apporter un certain sens critique à l’égard de nos vies en France, et ainsi déterminer certains traits que nous qualifions de majeurs dans la culture française.

    Le romantisme donc est sans aucun doute une valeur dont l’Hexagone s’enorgueille; ce romantisme est présent dans la vie de tous les jours, les interactions avec de nouvelles personnes en sont marquées, les mondes cinématographiques et publicitaires y font souvent référence. Patrie de l’amour, du romantisme, les Français sont perçus comme des “dragueurs” invétérés, comme si faire la cours était naturel pour eux, ou encore d’apporter une touche sentimentale à leur vie quotidienne.

    Si ce trait est le premier qui nous vient à l’esprit, c’est entre autre parce qu’il est fortement entretenu par plusieurs médias culturels. Le monde du cinéma le met particulièrement en avant avec des classiques du genre, tels Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet ou Midnight In Paris de Woody Allen. La publicité n’est pas non plus en reste ; nous pouvons citer les films publicitaires “L’Amour l’Amour” d’Intermarché (2017), qui témoigne de l’amour naissant entre un jeune client et une caissière, ou encore “Lait Drôle la Vie” de Monoprix (2017), mettant en scène deux écoliers. Dans ces deux cas, l’amour – et les possibilités de se prouver romantique grâce à des attentions diverses – est montré comme sans âge, sans limites, sans cadre prédéfini, et surtout, comme présent dans le quotidien. Il est par ailleurs inscrit dans la longue histoire française, et ce, tous média confondus. Nous pouvons entres autres citer les Lettres d’Abelard et Héloise, La Dame aux Camélias d’Alexandre Dumas fils, Le Baiser d’Auguste Rodin, ou celui de Toulouse-Lautrec… Certainement témoin d’une valeur culturelle d’importance en France, nous sommes curieuses de savoir si nous la retrouverons dans la bande-annonce française.

    Le romantisme s’associe souvent en France avec une autre valeur culturelle importante : l’esthétisme. La société française paraît ainsi valoriser la beauté, que ce soit dans des milieux particuliers ou au quotidien. Paris en est la preuve par excellence, car ville-berceau de la haute-couture.

    En effet, certains milieux sont très représentatifs de cette volonté d’ajouter de l’esthétisme à tous les niveaux ; on peut par exemple citer le cas de la gastronomie, et de l’importance du côté visuel d’une assiette. Alain Ducasse qualifie ainsi le restaurant du Plaza Athénée de lieu de “haute couture du Goût”, et des ouvrages paraissent avec des titres tels que Cuisinier Impérial ou l’Art de Faire la Cuisine et la Pâtisserie (André Viard, 1806) ou encore Art de la Cuisine Française au XIXème Siècle (Antonin Carême, 1833). Le goût joue un rôle majeur, mais savoir présenter les ingrédients et les sublimer fait part entière des rôles endossés par le chef de cuisine.

    La France se distingue dans le monde par la haute couture et les moyens de sublimer le corps – de tout sexe et âge. Nombre de créateurs sont reconnus à l’international tels que Jean-Paul Gaultier, Coco Chanel, Yves Saint-Laurent ou encore Isabel Marant, autant de stylistes représentant l’élégance à la française. Cela se retrouve dans la vie quotidienne, avec la Parisienne chic, qui “connaît le mieux les tendances mais son look ne semble jamais changer”, icône de la femme nonchalamment belle au quotidien.

    Ainsi, la notion d’esthétisme est importante en France- déjà Louis XIV cherchait à créer un “univers de la beauté, dans un environnement où chacun cherche à définir, à susciter et à célébrer la beauté” -, et fait partie intégrante de la culture de l’Hexagone. Le milieu cinématographique se prête tout particulièrement à cette caractéristique, aussi ne serait-il pas surprenant de la retrouver dans la bande-annonce du film diffusée en France.

    Enfin, la France compte une société encore marquée par un système hiérarchique, témoin de sa longue histoire empreinte de servage et titres de noblesse.

    Les milieux culturels, longtemps appropriés par les personnes appartenant aux couches supérieures de la société pouvant s’instruire – quand leurs homologues moins fortunés devaient travailler plus jeunes et ne se cultivaient pas de la même manière -, ont depuis des siècles été le marqueur d’appartenance à un certain groupe social. Celui qui ne comprenait pas l’oeuvre n’était tout simplement pas ou peu instruit, et n’appartenait donc pas à cette classe plus noble dans l’imaginaire populaire.

    Cette volonté d’insuffler une dimension intellectuelle à différents médias se retrouve dans le milieu cinématographique, où un film doit pousser à la réflexion (comme par exemple les films de la nouvelle vague du cinéma français, telles les oeuvres de Rivette, Truffaud ou encore Godard).

    Cela se traduit par une culture dite de l’implicite, qui privilégie “le relationnel, le contexte, l’allusion, le sous-entendu”. Le public, averti ou non, doit se faire sa propre idée de ce à quoi il est confronté (bande-annonce, long-métrage, oeuvre littéraire ou autre média…), et ce avec les informations – parfois peu nombreuses- qui lui sont communiquées.

  1. État de l’art des valeurs culturelles américaines

Après avoir élaboré un état de l’art des valeurs culturelles françaises, nous nous sommes bien entendu intéressées aux valeurs culturelles américaines, que nous nous employons ici à développer.

Un de ces traits culturels particulièrement valorisé aux Etats-Unis est l’”American Dream”, soit la possibilité que chacun réussisse à devenir le héros de sa propre histoire. Que ce soit dans les publicités, les livres (Gatsby le Magnifique, Francis Scott Fitzgerald, 1925 ; Des Souris et des Hommes, John Steinbeck, 1937 ; Voici Venir les Rêveurs, Imbolo Mbue, 2016), les séries (Mes Plus Belles Années, Jonathan Prince, 2002), les chansons (Across the Lines, Tracy Chapman, 1988 ; American Life, Madonna, 2003 ; California Dreamin’, The Mamas and Papas, 1965) ou les films (The Social Network, David Fincher, 2010 ; West Side Story, Jerome Robbins et Robert Wise, 1961 ; La La Land, Damien Chazelle, 2016), il est possible d’apercevoir cette notion comme fil rouge.

Cette lutte se définit par la croyance en la possibilité de réussite personnelle, quels que soient ses origines, son statut, son âge ou son sexe. De ce fait, même une personne sans ressources et en bas de l’échelle sociale peut accomplir ses rêves s’il travaille avec persévérance et acharnement. Surmonter ses peurs, sa solitude et des montagnes de travail paie car au bout du chemin se trouve l’American Dream, la réussite, la preuve de son élévation personnelle.

Dans une société où l’ascension sociale est devenue de plus en plus difficile à atteindre au cours des dernières décennies, l’American Dream n’en devient pas pour autant une notion désuète ou manquant de sens. But à atteindre, mythe teint de réalisme, croyance commune, ce “rêve” apparaît dans le discours actuel de personnes de renommée et de citoyens américains.

C’est pour cela que nous nous sommes demandé si ce film d’origine japonaise pourra refléter cette recherche de la réussite personnelle, valeur culturelle majeure dans le cadre d’une étude sur les États-Unis.

Mais cette lutte personnelle se rattache à une autre valeur qu’il nous semble majeure dans la culture américaine : celle de l’héroïsme. Relayée par les médias locaux, le sacrifice de soi est un acte noble et les actes courageux et altruistes applaudis. Tout comme la poursuite de l’American Dream, chacun peut réussir et devenir un héros, il n’y a pas de critères limitants existant.

Les États-Unis se caractérisent également pas une culture prononcée de l’explicite. Dans son ouvrage Au-delà de la culture, Edward T. Hall définit la culture de l’explicite comme une culture où “tout est fait pour être compris, le confus, l’imprécis et l’ambigu sont chassés au bénéfice de la clarté et de la concision. Seuls les faits établis, les données tangibles, les témoignages dépouillés de toutes les données du contexte vécu sont dignes d’intérêt”. Dans le cas qui nous intéresse, cette dimension de l’explicite se traduit par des instructions claires dans la vie de tous le sjours, comme par exemple dans le cas de séries télévisées ; les moments jugés comiques seront appuyés par des rires pré-enregistrés, et les moments dramatiques par des musiques tristes ou des violons grinçants.

Nous avons également souhaité relever l’importance de la notion de liberté au sein de la société américaine, et les multiples terrains qu’elle recouvre. “Freedom” couvre ici la liberté d’agir, de penser, d’obtenir, de dire.

La Constitution Américaine est un pilier pour cette valeur, avec le premier amendement stipulant : “Le Congrès n’adoptera aucune loi relative à l’établissement d’une religion, ou à l’interdiction de son libre exercice ; ou pour limiter la liberté d’expression, de la presse ou le droit des citoyens de se réunir pacifiquement ou d’adresser au Gouvernement des pétitions pour obtenir réparations des torts subis.

Tout comme la notion d’American Dream, celle de liberté apparaît dans la culture populaire, dans les années 1950 comme de nos jours. Mentionnée dans les ouvrages littéraires (The Flamethrowers, Rachel Kushner, 2013 ; Cela ne peut arriver ici ,Sinclair Lewis, 1935), dans les films (The F Word, Jed Weintrob, 2013 ; secretprojectrevolution, Madonna et Steve Klein, 2013) ou séries (GLOW, Jenji Kohan, 2017 ; The Handmaid’s Tale : La Servante Écarlate, Bruce Miller, 2017), dans les publicités (Dodge Challenger, 2010) comme dans les chansons (God Bless the USA, Lee Greenwood, 1992 ; Born Free, Kid Rock, 2010), les citoyens américains sont bercés par cette idée de liberté, et l’importance qui doit lui être accordée.

Il faut cependant noter que si cette notion est si souvent et régulièrement évoquée dans la société américaine, c’est qu’elle fait encore débat à ce jour, et reste également un idéal que chaque citoyen américain cherche à atteindre individuellement. De par l’intérêt majeur que la société américaine porte à la valeur de liberté, nous avons supposé que cela se retrouverait dans la bande-annonce.

Enfin, si l’industrie cinématographique américaine s’est fait reconnaître pour une certaine catégorie de films en particulier, ce sont bien les blockbusters, ou superproduction. Ces films d’action avec un rythme effréné tout au long des séquences et aux cascades impressionnantes gardent le spectateur en haleine pendant les 90 ou 120 minutes qui le constituent, et sont un genre développé en premier lieu aux États-Unis.

Grosses productions, gros risques, et parfois gros succès, voilà la recette du film appelé blockbuster. Mais ces superproductions appellent au côté sensationnel et surprenant, invitant le spectateur à se sentir toujours plus aspiré par une histoire merveilleuse et aux multiples rebondissements.

Cette culture cinématographique forme l’expérience audiovisuelle du public américain, avec des droits de films rachetés pour reproduire des versions “américanisées” de films, afin de mieux correspondre aux attentes de la société où ledit film sera diffusé.

Le film d’animation d’Hayao Miyazaki étant relativement paisible et au rythme moyen, nous nous sommes demandées si nous retrouverions des codes de films hollywoodiens, et si Le Château Ambulant apparaîtrait tel un film d’action.

  1. Bande-annonce : support promotionnel reflet des valeurs culturelles nationales ?

Le public visé du film Le Château Ambulant est très large, ce qui nous semble donc bien prouver que, si différences culturelles il y a entre les bandes-annonces, cela ne s’expliquera pas par une culture différente liée à l’âge, au sexe, ou à la l’appartenance sociale, mais bien par le pays du public visé, car il s’agit bien là de l’élément différenciant entre les deux bandes-annonces.

  1.  Bande-annonce américaine : reflet des valeurs culturelles ?

Fortes de ces connaissances concernant les valeurs culturelles propre aux États-Unis d’un côté et à la France de l’autre, nous allons ici étudier les bandes-annonces sélectionnées pour notre étude afin d’analyser si les valeurs sus-citées y sont retrouvées.

La culture du dire : La première chose qui frappe dans la bande-annonce américaine est bel et bien la présence d’un narrateur, qui “prend son spectateur” par la main pour tout lui expliciter. On retrouve donc bien ce qui a été présupposé dans la partie précédente, à savoir qu’un narrateur est bel et bien présent pour entraîner le spectateur dans l’histoire. Tout lui est décrit à voix haute, depuis le nom du réalisateur, jusqu’à l’histoire en elle-même. Le spectateur est guidé, orienté et comprend l’histoire du film avant même de le voir. D’ailleurs, le narrateur explique très clairement l’histoire et dévoile presque partiellement ce qui va se passer à la fin, puisqu’il invite à “faire l’expérience du récit enchanteur d’une jeune femme, transformée par un sort mystérieux, un château volant enchanté, et un jeune sorcier, qui est suffisamment fort pour la libérer”. (Référence : voir traduction en annexe 1) Le spectateur américain saisit donc à la fin de la bande-annonce, et de manière très claire, qu’il s’agit de l’histoire d’une jeune femme qui a subi un sort, et qui va être délivrée par un jeune sorcier. Le contexte est également connu, puisqu’on sait qu’il y aura un château enchanté qui servira de cadre à l’histoire. Le doute quant au synopsis de l’histoire n’est pas permis. La bande-annonce américaine reflète donc bien cette “culture du dire”.

Le support promotionnel : De plus, la bande-annonce américaine est également un support promotionnel. Cela recoupe également ce qui avait été précisé dans l’état de l’art de notre première hypothèse, à savoir qu’une bande-annonce américaine est un support commercial. En effet, le spectateur peut observer très rapidement les mentions “Walt Disney Presents”, ou encore “A Ghibli Studio Production”.  Cela nous montre donc bien que c’est très important aux Etats-Unis de valoriser la société de production qui a produit la bande-annonce.

L’héroïsme : Les États-Unis sont connus pour faire l’apanage de l’héroïsme, à commencer par l’idéalisation de l’American Dream, comme expliqué dans notre état de l’art de notre seconde hypothèse. D’une part, nous retrouvons le besoin de mise en scène, de sensationnel, dans la bande-annonce américaine : l’héroïsme a une place de choix. Dès les premières secondes, nous connaissons le nom du réalisateur, en précisant bien qu’il s’agit d’un génie dans son genre (“master” dans le film). On précise également qu’il est “le réalisateur du Voyage de Chihiro” (“the director of “Spirited Away”), et qu’il a également remporté un prix. Dès cet instant, le réalisateur du film est considéré comme quelqu’un de respectable, son film est “digne d’intérêt”.

Par ailleurs, cette notion d’héroïsme se retrouve également dans l’histoire en soi, puisque le narrateur précise bien que le sorcier pourra “libérer” l’héroïne du sort qu’on lui a jeté. On se retrouve face au cas “typique” du jeune homme, fort, qui va sauver la princesse, belle et jeune, en détresse. Une apologie de l’héroïsme se retrouve donc de manière claire dans la bande-annonce américaine, qui est bel et bien une valeur véhiculée ici pour un public américain, notamment par le modèle de l’American Dream.

L’action au coeur de la bande-annonce : Dans la bande-annonce américaine, on peut clairement constater que l’action est au coeur de l’extrait vidéo. Les personnages sont centraux, ils bougent rapidement. Le cadre de la Révolution Industrielle est indiqué par la présence de tramway et de trains alimentés au charbon. La mécanique du château ambulant, qui n’est pas sans rappeler  le steampunk, effectue à son tour un rappel de la période où le fer et le métal sont utilisés pour créer de nouvelles inventions surprenantes. A travers cette image, c’est l’ensemble de la révolution industrielle et technologique qui est représentée. L’accent est également mis sur les villes, les villages et les maisons. On ressent qu’il y a toujours une certaine activité, un certain remous dans la bande-annonce américaine. Ce dynamisme est accentué par la sa superposition rapide de plusieurs plan, donnant un effet de rapidité auprès du spectateur.

B) Bande-annonce française : reflet des valeurs culturelles ?

Après avoir constaté que les valeurs culturelles américaines se retrouvaient bien dans la bande-annonce, nous avons analysé de la même manière la bande-annonce française.

Une culture de l’implicite :

Dans la version française, il n’y a pas de narrateurs, et les extraits choisis du film ne comportent pas de dialogues. La musique occupe une place fondamentale dans cet extrait, ce qui invite à l’évasion. Le spectateur français qui n’a pas vu le film et qui visionne seulement la bande-annonce n’a pas d’idées précises de l’histoire. Une place très importante est accordée à la musique, et la bande-annonce invite à la rêverie. On est ici plutôt dans l’implicite, dans la suggestion, puisqu’on laisse le spectateur s’imaginer l’histoire – celle-ci n’est pas explicitée. Nous nous trouvons donc ici bien dans une “logique du montrer”, où les émotions du spectateur et sa réflexion personnelle sont invités afin de créer une expérience unique lors du visionnage de la bande-annonce, comme posé dans l’état de l’art de notre seconde hypothèse. La culture française, nous avons pu le constater, est une culture de l’implicite. La bande-annonce française est donc bien le reflet de cette valeur culturelle française qu’est l’implicite.

Le romantisme à la française :  De plus, le romantisme et les sentiments sont très présents dans cette bande-annonce. On sent que l’amour aura une place particulière dans ce film – particulièrement lors de la scène où la main du jeune homme passe une bague au doigt de la jeune fille. De manière générale, de nombreux gros plans sont réalisés sur le visage du personnage principal afin de bien montrer ses émotions : on la voit tantôt heureuse tantôt amusée, tantôt étonnée. Ses émotions sont au centre de la bande-annonce.

De plus, la musique invite à l’imaginaire et a une place fondamentale dans la bande-annonce. Très lente et lyrique au début, elle finit par s’accélérer pour conclure en beauté. Lorsqu’elle se meurt, un dernier plan sur la jeune femme permet de savourer encore un instant la magie du film. La musique est là pour accompagner les images du film. Cette bande-annonce corrèle donc bien le cliché du romantisme à la française (évoqué dans notre état de l’art de cette hypothèse), selon lequel l’amour est placé au coeur des intrigues en France.

Le ressenti au coeur de la bande-annonce : Le ressenti du spectateur tient une place importante au sein de la bande-annonce française.

    Sachant l’importance qu’ont les critiques de cinéma aux yeux du spectateur, la bande-annonce retranscrit celles de Variety, Libération ou encore Télérama, afin de gagner l’adhésion du public. Le ressenti des autres personnes ayant déjà visionné le film permet au spectateur de forger son propre ressenti vis-à-vis de la bande-annonce.

L’appel aux sentiments du spectateur se retrouve également dans les plans séquences choisis pour constituer la bande-annonce : la nature est mise en avant, avec des plans de montagnes et collines verdoyantes, ou encore de villages côtiers pittoresques, colorés et animés. Cela fait appel à la sensibilité du public quant à ces espaces pensés comme reposants, lieux idéals pour des vacances loin du brouhaha et du stress des grandes villes. Le spectateur se retrouve ainsi plongé dans une ambiance, une atmosphère bien spécifique, et fera appel à ses souvenirs de lieux similaires pour attirer son attention ou de provoquer son désir de voir le film.

A la lumière de cette confrontation des bandes-annonces françaises et américaines et des valeurs culturelles nationales, nous avons donc pu constater que la plupart des valeurs françaises et américaines que nous avons trouvées dans notre état de l’art se sont également retrouvées respectivement dans les bandes-annonces. Mais ces recherches nous ont permis de nous rendre compte de l’étendue des limites de notre hypothèse.

  1. Limites des hypothèses soulevées

Grâce à cette analyse des valeurs culturelles que nous venons de réaliser et le lien avec l’hypothèse que nous avons fait, nous souhaitons désormais exposer ici les limites que peut avoir notre hypothèse. En effet, nous sommes bien conscientes qu’à cette époque d’hyper-médiatisation, beaucoup d’éléments viennent perturber la production d’une bande-annonce en amont. L’aspect esthétique d’une bande-annonce et son aspect commercial peuvent être conciliés.

C’est ce que nous allons essayer de démontrer dans cette partie, afin de bien mettre en lumière qu’il y a des “conditions à remplir” avant qu’une bande-annonce ne révèle vraiment les valeurs culturelles d’un pays.

  1. Une consommation cinématographique différente et en évolution

Les quelques 9 631 417 km² qui composent le territoire des États-Unis en font le quatrième plus grand pays au monde. Dénombrant près de 325 millions d’habitants répartis sur ce large territoire, il semble logique de ne pas retrouver des cultures identiques dans le Maine et en Californie. États du sud à la culture mixée avec celles du centre de l’Amérique, métropoles développant ses propres codes culturels telles New York ou Los Angeles, états ruraux ayant une approche différente du monde, sont autant d’éléments qui contribuent à la diversité des cultures américaines.

    Cet élément constitue une raison pour laquelle plusieurs bandes-annonces d’un même film diffusé aux États-Unis vont être produites, avec pour but de mieux convenir aux différents publics. Celles-ci seront mieux adaptées selon le lieu de vie du segment-cible, de sa classe d’âge, et la diffusion sera différée en fonction du public visé (l’heure variera selon que l’on souhaite atteindre un public d’enfants, d’adultes, de personnes âgées…).

    Cela nous permet d’établir qu’il paraît réducteur d’adresser l’intégralité du public américain sous couvert qu’un pays unique ne comporterait qu’une seule et unique culture.

  1. Des productions différentes

Les superproductions, ou blockbusters, composent la majeure partie des films produits aux États-Unis. Ce genre prédomine et semble parfois engloutir le réseau de films indépendants, aux profits de films à budgets plus importants.

Cela n’est pas forcément la vérité, mais les films indépendants n’arrivent pas toujours à passer la frontière. Il en ressort une certaine ignorance de ce genre de production cinématographique de la part du public.

Par ailleurs, la notion de film indépendant rime en France avec film d’auteur, ce qui n’est pas le cas aux États-Unis. Ainsi, Rambo est le film indépendant le plus célèbre produit aux États-Unis. Il est cependant perçu comme fragilisé depuis l’apparition des studios hollywoodiens.

Et là où les films indépendants américains semblent être mis sur le banc de touche, ils sont à l’honneur en France et gagnent donc en visibilité, ce qui participe à la conception de l’idée que la France cherchera plus à intellectualiser son cinéma. Outre l’Association pour le Cinéma Indépendant et sa Diffusion défendant avec ardeur ce genre cinématographique, la France compte des festivals où les films indépendants sont favorisés, tel le Festival de Cannes, reconduit chaque année, où se renouvellent des films à dimension artistique, d’essai ou de recherche.

Ces films artistiques, plus souvent diffusés dans des salles indépendantes, sont là aussi dans une situation confortable en France. On compte en effet 73% des cinémas dans l’Hexagone qui ne sont pas rattachés à des chaînes de distribution tels Gaumont ou Pathé.

L’attitude adoptée face aux productions cinématographiques est donc bien différentes entre la France et les États-Unis, ce qui contribue à ne pas donner un même aspect aux yeux du spectateur de ce qu’un film doit représenter. Aussi peut-il s’avérer trompeur de baser notre analyse en considérant les deux productions comme semblables, et donc d’ignorer ces approches diverses du 7ème art.

C) Répondre aux impératifs du marketing publicitaire

Notre analyse des bandes-annonces et des valeurs inhérentes à chaque pays nous ont permis de confirmer que ces valeurs culturelles y sont transmises. Cependant, les impératifs publicitaires et marketing poussent les productions, américaines comme françaises, à accentuer certaines caractéristiques à fort attrait commercial, et qui peuvent être faussement interprétées pour des valeurs culturelles.

Ainsi, certaines bandes-annonces  ayant pour finalité d’être diffusées sur Internet ou lors de campagnes télévisées peuvent être jugées plus agressives, courtes, où des séquences d’action sont en plus grand nombre et s’enchaînent plus rapidement. Cela peut être rapproché de la valeur américaine du film d’action, et la ligne entre notion marketing et valeur culturelle américaine est ici mince.

    Aussi peut-il être difficile de juger ce qui ressort purement de la culture locale, et ce qui est une stratégie marketing. Cependant, la stratégie marketing peut elle-même être basée sur les particularismes des segments-cibles, reflétant à son tour la culture locale. Ainsi est-il primordial de ne pas exagérer les résultats de ses recherches dans des études similaires, car plusieurs domaines se recoupent.

Conclusion :

Au cours de ce mémoire, nous avons analysé deux bandes-annonces du film Le Château Ambulant, réalisé par Hayao Miyazaki. Nous avons gardé une démarche scientifique, en posant deux hypothèses au début de notre travail : “Un même film diffusé dans plusieurs pays peut être découpé de manière différente pour la création de sa bande-annonce”, et “Ce découpage est le fruit des valeurs du pays en question dans lequel la bande-annonce est diffusée, et cette bande-annonce est donc vecteur de culture”. Nous avons alors pu étayer nos propres connaissances interculturelles avec des lectures scientifiques ainsi que des ouvrages de chercheurs en interculturel (notamment Edward T. Hall), afin de nous faire une idée précise dans un premier temps de ce qu’est une bande-annonce, et dans un second temps de faire un état de l’art des cultures et valeurs culturelles de la France et des Etats-Unis. Nous avons ensuite étudié les bandes-annonces sélectionnées, et avons constaté que la plupart des observations faites dans nos états de l’art se sont vérifiées. Ainsi, nous avons pu conclure que certaines valeurs culturelles françaises, telles que le romantisme, les valeurs de l’implicite et la suggestion, la concentration sur les sentiments, le ressenti et les émotions, sont bien discernables dans la bande-annonce diffusée en France pour la promotion du film. Il en va de même pour la bande-annonce américaine, dans laquelle nous avons également retrouvé les valeurs de l’héroïsme et de l’American Dream, ainsi qu’une dimension explicite et une logique du dire.

Ce mémoire nous a donné l’opportunité de vérifier ces hypothèses, et de pouvoir tirer les conclusions suivantes : un même film diffusé dans plusieurs pays aura bel et bien des bandes-annonces découpées de manière différente selon le pays dans lequel il sera montré, et ces choix relèvent de facteurs culturels, afin de s’adapter le mieux possible au public-cible.

Cependant, nous gardons bien entendu à l’esprit que cela n’est pas une vérité générale pour l’ensemble des bandes-annonces, des films et des cultures. D’autres facteurs peuvent également entrer en compte, tels que le genre du film, la société de production qui choisit ou non d’adapter les bandes-annonces dans les pays dans lesquels le film sera diffusé, ou encore le budget alloué à la création et à l’adaptation de la bande-annonce.

Grâce à nos différentes langues de travail, nous avons également eu la curiosité de regarder la bande-annonce du Château Ambulant diffusée dans d’autres pays. En Allemagne, qui est une culture germanique plus explicite, un narrateur est présent, et la bande-annonce est également découpée de manière différente, ce qui corrèle nos hypothèses. Il en va de même pour la bande-annonce espagnole, qui elle, ressemble davantage à la bande-annonce française, sans narrateur. Nous restons donc bien dans une culture de l’implicite. Néanmoins, nous avons pu constater que nos hypothèses ne se vérifient pas pour la bande-annonce portugaise, qui elle, a un narrateur qui accompagne le spectateur, alors même qu’il s’agit également d’une culture latine, qui aurait a priori plutôt tendance à rester dans l’implicite. Comme nous l’avions évoqué plus haut, il s’agit ici de rester prudent lors de formulation de telles hypothèses, car des généralités ne saurait convenir au sujet.

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Annexes

Annexe 1:
Nous avons ici montré la bande-annonce du Château Ambulant à une personne ayant accepté de répondre à notre questionnaire. Cette personne ne visionnera qu’une seule des bandes-annonces (et non pas les deux), et ne saurait pas de quel pays cette bande-annonce est le fruit. Également, la personne ne sera pas prévenue en amont que notre sujet de recherche porte sur les États-Unis et la France, afin d’éviter d’influencer son jugement.


Une fois le visionnaire effectué, nous posons quelques questions, celles-ci étant ouvertes, afin de permettre un réel dialogue et d’enchainer sur les réponses que donnent la personne interrogée.

Questions type:
– Quel genre de film est-ce à vos yeux ? (Action, aventure, horreur, angoisse… – plusieurs réponses possibles)
– À quel public ce film est-il destiné selon vous ?
– Quels moments du films sont mis en avant selon vous ?
– Pourquoi pensez-vous que ces moments ont été choisis ?
– Dans quelle mesure pensez-vous que cette bande-annonce correspond aux attentes d’un public particulier (géographiquement) ? Pourquoi ?

– Quel est votre ressenti en voyant ces bandes-annonces ?

Annexe 2:

Cette annexe retranscrit ici ce qui est dit par le narrateur de la bande-annonce américaine du film Le Château Ambulant.

“From Master filmmaker Hayao Miyazaki, the director of the academy award winning Spirited Away.

This summer, experience the epic tale of a young woman, transformed by a mysterious curse, an enchanted moving castle, and the one wizard powerful enough to set her free. Walt Disney Studio presents, a Studio Ghibli production, of a Hayao Miyazaki film. This June, journey to amazing new worlds, aboard Howl’s Moving Castle [nom du film en anglais].”

Traduction : Par le célèbre cinéaste Hayao Miyazaki, directeur du film primé Le Voyage de Chihiro.

Cet été, vivez le récit épique d’une jeune femme, transformée par une malédiction mystérieuse, un château ambulant enchanté, et l’unique magicien assez puissant pour la libérer. Les studios Walt Disney présentent, une production du Studio Ghibli, un film d’Hayao Miyazaki. En juin, embarquez pour un voyage vers des nouveaux mondes extraordinaires à bord du Château Ambulant.

Annexe 3:

Cette annexe retranscrit ici les exclamations des personnages de la bande-annonce américaine.

00:31 – Jeune homme brun: “That is ancient sorcery, quite powerful too”

  • Traduction: C’est de la magie ancienne, et une magie assez puissante de surcroît

00:52 – Jeune fille lors de sa transformation en dame âgée : “That’s really me isn’t it”

  • Traduction: C’est bien moi, n’est-ce pas

00:59 – Dame âgée : “This is a magic house”

  • Traduction: C’est une maison enchantée

01:07 – Jeune homme brun : “This charm will guarantee your safe return”

  • Traduction: Ce talisman garantira ton retour en toute sécurité

01:18 – Le jeune homme brun dit une parole magique, faisant apparaître un démon de feu

01:28 – Dame âgée : “Find me in the future !”

  • Traduction: Retrouve-moi dans le futur !

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